N’ayant aucun emploi qu’à passer une vie douce et innocente

Et ainsi, sans vivre d’autre façon, en apparence, que ceux qui, n’ayant aucun emploi qu’à passer une vie douce et innocente, s’étudient à séparer les plaisirs des vices, et qui, pour jouir de leur loisir sans s’ennuyer, usent de tous les divertissements qui sont honnêtes, je ne laissais pas de poursuivre en mon dessein, et de profiter en la connaissance de la vérité, peut-être plus que si je n’eusse fait que lire des livres, ou fréquenter des gens de lettres. »

Descartes, Discours de la méthode, III.

Publicités

Commencer enfin une vraie vie

il me semblait que les choses qui s’étaient passées dans l’intervalle n’avaient guère d’importance et qu’en m’attachant à la seule réalité je pourrais commencer enfin une vraie vie.

Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleur, II.

Parler du désir

Supposer que la philosophie veut parler du désir des richesses serait trop absurde.

Proust, A l’ombre des jeune filles en fleurs, II

Contre

Les parlementaires votèrent la réélection du président avec seulement trois voix contre.

Dans un souci démocratique, un parti d’opposition fut autorisé à présenter un programme.
Il fut créé de toutes pièces pour l’occasion. Le chauffeur du ministre au développement fut placé à sa tête. Cette tête souffrant de détermination, on lui attribua un directeur de campagne et les moyens d’action de quelques appareils d’état.

Dans un même souci démocratique, il fut décidé d’obtenir des voix – peu de voix – contre la réélection du président.
Convaincre les députés de voter à l’inverse de leur pensée ne fut pas chose facile.

A, B et C ne voulurent pas en entendre parler.
I et J ne comprirent pas immédiatement. Acceptèrent.
Puis furent pris de panique.

M accepta contre une forte somme d’argent et la garantie de non-représailles.
Il se rétracta le lendemain.
On promit une promotion à O.
Une plus grosse promotion encore à P.
On menaça F, G et H. Sans résultats.
On menaça leur famille et leur employeur.
On menaça leur facteur et leur banquier.

On accusa S et T de divers crimes.
On leur présenta des preuves accablantes.
On licencia L. On vida son compte en banque.
F, G et H reçurent de nombreux courriers anonymes.

On fit chanter V et W pour des histoires d’adultère.
Les deux chiens de D disparurent.
Les maisons de E, Q et U furent vandalisées.

On tortura N.
On fit assister O à la torture de N.
Pendant un mois, on envoya R en camp de redressement.
I se suicida et J s’enfuit à l’étranger.

On kidnappa l’enfant de Y.
La voiture de Z explosa.
On laissa X craindre le pire.
K ne fut pas inquiété.

Les parlementaires votèrent la réélection du président avec trois voix contre.

Christophe Dauder, Le vote

Tire sur tous ceux qui logent dans ta mémoire !

Le dernier conseil d’un sage

J’en ai assez de la poésie, et caetera,
des rêves, etc,
de la patience, etc,
des embûches de l’héroïsme, etc,
des gens, etc,
de la culture du droit, etc,
assez du ciel et de la terre.

Je vais partir et fabriquer des proverbes.
Des proverbes du genre :
      « Même parvenu en haut de l’échelle,
        le petit reste petit ».
Du genre :
      « Ne souris pas à une tête de pute ! »
        (celle d’un homme ou celle d’une femme)
Du genre :
      « Veille à ton aujourd’hui comme si tu étais déjà mort,
        et à ton au-delà comme si tu allais vivre à jamais ».
Du genre :
      « Essaie d’abord la mort,
        puis ose la vie ».
Du genre :
      « Même si tu es trop faible pour te tenir debout,
        n’obéis pas à la volonté du Seigneur, Ton Père ».
De n’importe quel genre.

Faute de ces proverbes pleins d’éloquence et d’utilité,
je ne pourrai songer qu’à une seule et très brève exhortation :
      « Si se ferment toutes les fenêtres, les âmes, les maisons, les hommes, se ferme Dieu,
        alors cherche le trafiquant d’armes le plus proche,
        achète un fusil (vieux, pas cher)
        et tire sur tous ceux qui logent dans ta mémoire !
        Alors, alors seulement,
        te viendra le secours ».

Je suis un sage… Tu as mon conseil.

25.10.2012

Nazîh Abou Afach, Laissez respirer la terre, éditions Alidades

Le dieu de Jacob de Lafon

Le dieu de Jacob de Lafon possède tous les attributs jamais exigés d’une divinité sauf celui de l’ « existence ».

La relation de Jacob à Dieu n’est pas celle du croyant à l’être. Elle ne ressemble pas à la relation de l’oeuvre d’art à l’artiste, ni à celle du pot au potier.

C’est peut-être un peu comme la relation du personnage à l’intrigue.
Jacob de Lafon rêve d’une déesse qui ait la forme d’une vache. D’autres divinités passent en volant : des oies, des canards, de la volaille en général et puis, finalement, des oiseaux de toutes sortes.

En bas, sur une large plaine, il voit ce qu’il pense être Elephant City, ou tout du moins le lieu d’une vie sédentaire, pesante et lente.

S’il lève les yeux il entraperçoit tout d’un coup une aure dimension : châteaux d’air, villes de feu.

Pris au piège de son rêve, il devient le dieu du bras déployé.

Keith Waldrop, Le vrai sujet.